Citations

Un site plein de citations...

02 janvier 2007

Marcel ACHARD

La vie, ce n'est pas sérieux, on y entre sans le demander, on en sort sans savoir où on va, on y reste sans savoir ce qu'on y fait.

La vérité, c'est ce qui m'arrange.

Le plus grand prix qu'on puisse payer pour quoi que ce soit, c'est de le demander.

Que les femmes seraient agréables si elles ne tenaient pas absolument à être heureuses !

Posté par tianetiane à 07:00 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

04 janvier 2007

Hafid AGGOUNE

La vie s'arrête lorsque la peur de l'inconnu est plus forte que l'élan
- Quelle nuit sommes-nous ?

L'adolescence est le temps où il faut choisir entre vivre et mourir
- Quelle nuit sommes-nous ?

Fuguer est le contraire d'un suicide : on part pour vivre
- Quelle nuit sommes-nous ?

Rien ne dure, sinon le renouvellement de nos regards en soi, sur le monde, sur autrui
- Quelle nuit sommes-nous ?

Nous passons chaque jour et chaque nuit à nous perdre et toute notre vie à nous chercher
- Quelle Nuit sommes-nous ?

Danser en temps de guerre, c'est comme cracher à la gueule du diable
- Les Avenirs

Posté par tianetiane à 06:29 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

06 janvier 2007

ALAIN

Toute cruche , comme dit le sage, a deux anses et de même tout événement a deux aspects, toujours accablants si l’on veut, toujours réconfortant si l’on veut ; et l’effort qu’on fait pour être heureux n’est jamais perdu.

L’événement a tué le drame .Ceux qui sont morts n’ont rien senti….Mais, dans l’imagination des survivants, les morts ne cessent jamais de mourir.

L’homme est courageux ; non pas à l’occasion, mais essentiellement.

Agir c’est oser. Penser c’est oser...

Et la vrais cause de la guerre est certainement l’ennui d’un petit nombre, qui voudrait des risques bien clairs, et même cherchés et définis, comme aux cartes. Et ce n’est point par hasard que ceux qui travaillent de leurs mains sont pacifiques. Je crois qu’il n’y a pas autre chose dans la peur qu’une agitation sans résultat, et que la méditation augmente toujours la peur.

Les coutumes de politesse sont bien puissantes sur nos pensées ; et ce n’est pas un petit secours contre l’humeur et même contre le mal d’estomac si l’on mime la douceur, la bienveillance et la joie.

"Baisse la tête, fier Sicambre " on ne lui demande point de se guérir de colère et d’orgueil mais d’abord de se taire, de reposer ses yeux, et de se disposer selon la douceur.

Comment expliquer qu’un pianiste, qui croit mourir de peur en entrent sur la scène, soit immédiatement guéri dès qu’il joue ? ...Chose remarquable et trop peu remarquée, ce n’est point la passion qui nous délivre des passions, mais c’est plutôt l’action qui nous délivre.

Il faut qu’une main soit ouverte ou fermée. Si vous ouvrez la main, vous laissez échapper toutes les pensées irritantes que vous teniez dans votre poing fermé.et vous haussez seulement les épaules, il faut que les soucis s’envolent , que vous serriez dans la cage thoracique.

Ce n’est pas parce que j’ai réussi que je suis content ; mais c’est parce que j’étais content que j’ai réussi. Et si vous allez quêter la joie , faites d’abord provision de joie. Remerciez avant d’avoir reçu.

Ainsi les vocations résultent de la nature et des circonstances. C’est pourquoi ceux qui délibèrent ne décident jamais.

Nous n'avons aucune puissance sur les passions tant que nous n'en connaissons pas les vraies causes.

La faute...c'est de mettre sa pensée au service des passions, et de se jeter dans la peur ou dans la colère avec une espèce d'enthousiasme farouche.

L'effort qu'on fait pour être heureux n'est jamais perdu.

Il y a plus de volonté qu'on ne croit dans le bonheur.

N'est-il pas mieux de dire que les globules manquent, au lieu de se dire que les vrais amis manquent?

vous avez le malheur d'être intelligent, de trop penser à vous et de vouloir comprendre pourquoi vous êtes tantôt joyeux, tantôt triste. Et vous vous irritez contre vous-même,parce que votre joie et votre tristesse s'expliquent mal par les motifs que vous connaissez.

C'est un grand art quelquefois de vouloir ce que l'on est assuré d'avoir.

...toutes les flèches sont lancées par vous et reviennent sur vous: c'est vous qui êtes votre propre ennemi .

Ma passion c'est moi; et c'est plus fort que moi.Je crois que c'est la force des passions et de l'esclavage intérieur qui ont conduit les hommes à l'idée d'un poouvoir occulte et d'un mauvais sort jeté par un mot ou par un regard.Faute de pouvoir se juger malade, le passionné se juge maudit; et cette idée lui fournit des développements sans fin pour se torturer lui-même.

comme ils espéraient la mort au lieu de la craindre,ils vivaient trés longtemps. le mouvements de la crainte vont naturellement aggraver le mal. nous n'avons pas toujours assez de force pour supporter les maux d'autrui.

Un fait a cela de bon, si mauvais qu'il soit, qu'il met fin au jeu des possibles, qu'il n'est plus à venir et qu'il montre un avenir nouveau avec des couleurs nouvelles.

C'est le malheur de cet instant qui va porter l'instant suivant.

Sourire, hausser les épaules, sont des manoeuvres contre les soucis.

Il n'y a au monde que le danger réel qui guérisse de la peur.

Les coutumes de politesse sont bien puissantes sur nos pensées...elles rendent impossibles les mouvements opposés,de fureur, de défiance, de tristesse...

La volonté n'a aucune prise sur la passion,mais a prise directe sur les mouvements.

Si vous allez quêter la joie, faites d'abord provision de joie.remerciez avant d'avoir reçu. Car l'espérance fait naître les raisons d'espérer...

Même sans sorcier, nous nous jetons une espèce de sort à nous-même disant ;je suis ainsi je n'y peux rien.

Nos fautes périssent avant nous, ne les gardons point en momies.

Le plus petit effort entraîne des suites sans fin.

La société de donne rien à celui que ne demande rien, j'entends avec constance et suite.

Espérer ce n'est pas vouloir.

Comme on vit mal avec ceux que l'on connaît trop...on est trop sûr de l'attention de 'affection et du pardon; on s'est trop bien fait connaître pour se montrer en beau.. de là une aigreur de ton et une vivacité de gestes qui étonnent dans les familles les plus unies. Comme on vit bien avec ceux qu'on ne connait pas trop...on se montre à son avantage...on attend rien d'un inconnu, on est tout content du peu qu'il donne. La politesse est pour les indifférents et l'humeur bonne ou mauvaise est pour ceux que l'on aime bien. ..plus les sentiments sont sincères et précieux plus ils ont besoin de politesse.

Mieux on rempli sa vie moins on craint de le perdre. Il faut apprendre à être heureux. ...celui qui parcourt le monde à toute vitesse n'est guère plus riche de souvenirs à la fin qu'au commencement. Nous n'avons que le présent à supporter.Ni le passé ni l'avenir ne peuvent nous accabler puisque l'un n'existe plus et que l'autre n'existe pas encore. Les évènements ne sont jamais ceux que nous attendions, et quand à ta peine présente,justement parce qu'elle est très vive,tu peux être sûr qu'elle diminuera. Cette tristesse qui naît de la contemplation du passé ne sert à rien et est même très nuisible, parce qu'elle nous fait réfléchir et chercher vainement.Spinoza dit que le repentir est une deuxième faute. On ne donne aux gents que l'espoir que l'on a.

Je tiens qu'un des secrets du bonheur, c'est d'être indifférent à sa propre humeur. Nous avons appris à parler avant d'apprendre à penser. C'est peu de prendre les êtres comme ils sont...mais les vouloir comme ils sont; voilà l'amour vrai.

«La vertu d'un homme ressemble bien plus à ses propres vices qu'à la vertu du voisin.»

«Refuser en donnant des raisons, ce n’est pas refuser.»

«Une idée que j'ai, il faut que je la nie ; c'est ma manière de l'essayer.»

«Il est bien vrai que nous devons penser au bonheur d’autrui ; mais on ne dit pas assez que ce que nous pouvons faire de mieux pour ceux qui nous aiment, c’est encore d’être heureux.»

«La morale commence là où s'arrête la police.»

«Les temps sont courts à celui qui pense, et interminables à celui qui désire.»

«Réfléchir, c'est nier ce que l'on croit.»

«Il suffit de se croire esclave pour l'être en effet.»

«Ce qui est difficile, c'est de n'être jamais dupe, et cependant de tout croire de l'homme.»

«L'erreur est facile à tous ; plus facile peut-être à celui qui croit savoir beaucoup.»

«Ce qu’on veut faire, c’est en faisant qu’on le découvre.»

«Qui est mécontent des autres est toujours mécontent de soi.»

«Un homme savant a compris un certain nombre de vérités. un homme cultivé a compris une certain nombre d’erreurs. Et voilà toute la différence entre l'esprit droit et l'esprit juste.»

Posté par tianetiane à 11:17 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

07 janvier 2007

Jean ANOUILH

Si tes amants t'ennuient, marie-toi, cela leur donnera du piquant.
- Le bal des voleurs

Mourir, ce n'est rien. Commence donc par vivre. C'est moins drôle et c'est plus long.
-Roméo et Jeannette

Le plaisir, c'est encore la seule chose qui oblige les hommes à un peu de précision.
- Ne réveillez pas Madame

Avec Dieu, ce qu'il y a de terrible, c'est qu'on ne sait jamais si ce n'est pas un coup du diable.
- L'alouette

Posté par tianetiane à 14:41 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

09 janvier 2007

José ARTUR

«Rentrer son ventre sur la bascule ne rend pas moins lourd.»

«L'homme commence par être un tube digestif, ensuite un sexe, parfois un cerveau.»

"Qui suis-je ? Où vais-je ? Qu’est-ce qu’on mange à midi ?"

«"Y'aurait beaucoup à dire", phrase préférée des gens n'ayant rien à dire et qui sont
obligés de faire semblant.»

«En vieillissant on devient de plus en plus obsédé, de moins en moins sexuel. Heureusement
qu’il nous reste le baisemain.»

«Prendre le taureau par les cornes est plus correct que de tirer le diable par la queue,
mais plus fatigant que de sucer un esquimau.»

«Un pays où le litre d'essence est devenu plus cher que le litre de rouge est en danger.»

«Tant que les parents vivent, on a l'impression d'être immortel. Après, plus jamais on ne
sera un enfant, pour personne.»

«La solitude est souvent plus aigüe à deux que seul.»

Posté par tianetiane à 19:17 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

11 janvier 2007

Paul AUSTER

"L’ébriété n’est jamais qu’un symptôme, pas une cause absolue."
- La chambre dérobée

"Les histoires n’arrivent qu’à ceux qui sont capables de les raconter. De même, les expériences ne se présentent qu’à ceux qui peuvent les vivre.»
- La chambre dérobée

«Comme dans toute initiation, c’est dans le fait même de survivre qu’est le triomphe.»
- La chambre dérobée

«Les chances perdues font autant partie de la vie que les chances saisies, et une histoire ne peut s’attarder sur ce qui aurait pu avoir lieu.»
- Revenants

«Dans la mémoire, les choses n'ont pas toujours le même poids.

«L'échec n'entache pas la sincérité de la tentative.»
-Moon Palace

Posté par tianetiane à 18:39 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

14 janvier 2007

Honoré de BALZAC

«Les être sensibles ne sont pas des êtres sensés.»

«C'est un signe de médiocrité que d'être incapable d'enthousiasme.»

«L'expérience s'achète par le malheur.»

«Un vieillard est un homme qui a dîné et qui regarde les autres manger.»

«Placés aux deux extrémités du monde moral, le sauvage et le penseur ont également horreur de la propriété.»

«Vous ne rencontrez nulle part, dans la nature, deux objets identiques ; dans l’ordre naturel, deux et deux ne peuvent donc jamais faire quatre.»

«Les vieillards sont assez enclins à doter de leurs chagrins l’avenir des jeunes gens.»

Posté par tianetiane à 11:51 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Natalie Clifford BARNEY

«Dieu. Il n'est pas étonnant que ses adorateurs lui restent fidèles ; ils ne le voient jamais.»

«Le temps, ce sculpteur, qui réussit parfois si bien les têtes de vieux.»

«Quelle que soit la sottise des pronostics, la réalité la dépassera.»

«La femme adultère est souvent une femme fidèle à la recherche de son homme, il y aurait lieu de la louer de cette persévérance.»

«Nous sommes limités par tout ce que nous ne sentons pas.»

«Les apparences sont donc bien en péril puisqu'il s'agit toujours de les sauver.»

«Aimer ce qu'on a : une façon résignée de ne jamais avoir ce qu'on aime.»

«La mode, c'est la recherche d'un ridicule nouveau.»

«Si vous tendez l'autre joue, que cela soit mieux pour reconnaître et assommer celui qui veut en profiter.»

«Espérons l'impossible, car c'est peut-être une bassesse que de mettre son espoir en lieu sûr.»

«L’avantage de l’amour au premier regard c’est qu’il retarde le second regard.»

«Rien n'est plus difficile à partager qu'un amour.»

«C'est déjà une preuve d'attachement que de pouvoir se supporter.»

«Marié : n'être ni seul ni ensemble.»

«Trente-six positions ! Hélas, pas trente-six sensations nouvelles !»

«Il l'aime plus que les autres, mais il lui faut les autres pour s'en rendre compte.»

«La plus difficile des réalisations : soi-même.»

«Le rire seul échappe à notre surveillance.»



Posté par tianetiane à 17:27 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Roland BARTHES

«Parler, et à plus forte raison discourir, ce n'est pas communiquer... c'est assujettir.»
- Discours au collège de France

«JE T’AIME est sans nuances. Il supprime les explications, les aménagements, les degrés, les scrupules.»
- Fragments d'un discours amoureux

«Le femme commence là où finit l'histoire.»
- Michelet par lui-même

«Etre d’avant-garde, c’est savoir ce qui est mort ; être d’arrière-garde, c’est l’aimer encore.»

«Ce que la photographie reproduit à l'infini n'a lieu qu'une fois.»

«Etre d’avant-garde, c’est savoir ce qui est mort ; être d’arrière-garde, c’est l’aimer encore.»

«Les livres de théâtre scellent la mort de la jouissance que procurent le spectacle.»

«Tout refus du langage est une mort.»

«Dès qu’elle est proférée, la langue entre au service d’un pouvoir.»

«L'important c'est que la photo possède une force constatative et que le constatatif de la photo porte, non sur l'objet, mais sur le temps.»

«Le fascisme, ce n’est pas d’empêcher de dire, c’est d’obliger à dire.»
- Discours au Collège de France

«Je revendique le droit à l’ignorance.»

«J'aime, je n'aime pas : cela n'a aucune importance pour personne ; cela apparemment n'a pas de sens. Et pourtant, tout cela veut dire : mon corps n'est pas le même que le vôtre.»
- Roland Barthes par lui-même

«Comme jaloux je souffre quatre fois : d’être exclu, d’être agressif, d’être fou et d’être commun.»

«Les hommes créent souvent des modes aberrantes pour se venger des femmes.»
- Extrait du magazine Le Nouvel Observateur - 28 Mars 1966

«Le langage est une peau : je frotte mon langage contre l’autre.»
- Fragments d’un discours amoureux

«L'amoureux qui n'oublie pas quelquefois meurt par excès, fatigue et tension de mémoire.»
- Fragments d'un discours amoureux

«Ce que cache mon langage, mon corps le dit. Mon corps est un enfant entêté, mon langage est un adulte très civilisé…»
- Fragments d’un discours amoureux

«La politesse est plus généreuse que la franchise, car elle signifie qu’on croit à l’intelligence de l’autre.»

«La politesse vaut mieux que la sincérité, car la politesse fait toujours confiance à l'intelligence d'autrui.»

«Le toucher est le plus démystificateur de tous les sens, à la différence de la vue, qui est le plus magique.»
- Mythologies

«La littérature ne permet pas de marcher, mais elle permet de respirer.»
- Qu'est-ce que la critique ?

«Le dictionnaire est une machine à rêver.»

Posté par tianetiane à 17:39 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Pierre BAYARD

COMMENT PARLER DES LIVRES QU'ON A PAS LUS?

La plupart des échanges sur un livre ne portent pas sur lui, malgrè les apparences, mais sur un ensemble beaucoup plus large, qui est celui de tous les livres déterminants sur lesquels repose une certaine culture à un moment donné. C'est cet ensemble, que j'appellerai désormais la bibliothèque collective.

Il existe d'ailleurs une autre manière de se faire une idée assez précise de ce que contient un livre sans pour autant le lire. Il suffit pour cela de lire ou d'écouter ce que les autres en écrivent ou en disent.

Toutes les oeuvres d'un même auteur présentent des similitudes de construction plus ou moins perceptibles et traduisent secrètement, au-delà de leurs différences manifestes, une manière identique de mettre en ordre la vérité.
[...]Un livre ne se limite pas à lui-même, il est également constitué, dès sa diffusion, par l'ensemble mouvant des séries d'échanges que sa circulation suscite. C'est donc avoir accès à lui, sinon le lire, que de prêter attention à ces échanges.

[...]les livres dont nous parlons n'ont que peu de chose à voir aves les livres "réels"[...]et ne sont bien souvent que des livres-écrans.
[...]Pour se convaincre que tout livre dont nous parlons est un livre-écran, et un élément de substitution dans cette chaîne interminable qu'est la série de tous les livres, il suffit de faire l'expérience simple consistant à confronter les souvenirs d'un livre aimé de notre enfance avec le livre "réel", pour saisir à quel point notre mémoire des livres, et surtout de ceux qui ont compté au point de devenir des parties de nous-mêmes, est sans cesse réorganisée par notre situation présente et ses enjeux inconscients.

Dès le temps de la lecture, et même sans l'attendre, nous commençons, en nous puis avec les autres, à nous parler des livres, et c'est à ces discours et opinions que nous aurons ensuite affaire, reléguant loin de nous les livres réels, devenus à jamais hypotétiques.

[...]Livre inntrouvable[...] à l'image de la plupart des ouvrages dont nous parlons tout au long de notre existence, que nous les ayons lus ou non : des objets reconstruits, dont le modèle lointain est enfoui derrière notre langage et celui des autres, et qu'il est vain d'espérer un jour, même en étant prêt à y perdre la vie, toucher du doigt.

La lecture n'est pas seulement connaissance d'un texte ou acquisition d'un savoir. Elle est aussi, et dès l'instant où elle a cours, engagée dans un irrépressible mouvement d'oubli.

Tout écrivain qui a discuté un peu longuement avec un lecteur attentif, ou lu un article assez long à son sujet, connaît cette expérience d'inquiétante étrangeté où il se rend compte de l'absence de correspondance entre ce qu'il a voulu faire et ce qui en a été compris. Ecart qui n'a rien d'étonnant si l'on pense que, leurs livres intérieurs différant par définition, celui que le lecteur a superposé au livre de l'écrivain n'a guère de chance d'être identifié par lui.

(Troisième type de bibliothèque que j'introduis ici, la biblithèque virtuelle est l'espace, oral ou écrit, de discussion des livres avec les autres. Elle et la partie mouvante de la bibliothèque collective de chaque culture et se situe au point de rencontre des bibliothèques intérieures de chaque participant à la discussion.)

Dans ce contexte culturel, les livres - lus ou non lus - forment une sorte de second langage, auquel nous recourons pour parler de nous-même, pour nous représenter devant les autres et pour communiquer avec eux. Comme le langage, ils servent à nous exprimer mais aussi à nous compléter, en fournissant, par les extraits prélévés en eux et remaniés, les éléments manquant de notre personnalité et en comblant nos propres brèches.
Et comme les mots, les livres, en nous représentant, déforment ce que nous sommes.

[...]Cette seconde transgression est une autre forme de la première : s'il n'est d'aucune utilité d'ouvrir un livre pour en parler, c'est que toutes les opinions sont possibles et argumentables, et que, réduit à l'état de pur prétexte, le livre, d'une certaine manière, a fini d'exister.

Ainsi les livres dont nous parlons ne sont-ils pas seulement les livres réels qu'une imaginaire lecture intégrale retrouverait dans leur matérialité objective, mais aussi des livres-fantômes qui surgissent au croisement des virtualités inabouties de chaque livre et de nos inconscients, et dont les prolongement nourrit nos rêveries et nos conversations plus sûrement encore que les objets réels dont ils sont théoriquement issus.

(Troisième type de livre que j'introduis ici, le livre-fantôme, est cet objet insaississable et mouvant que nous faisons surgir, par oral ou par écrit, quand nous parlons d'un livre. Il est le point de rencontre des différents livres-écrans que les lecteurs construisent à partit de leurs livres intérieurs. Le livre-fantôme appartient à la bibliothèque virtuelle de nos échanges, comme le livre-écrean à la bibliothèque collective et le livre intérieur à la bibliothèque intérieure.)

[...]le texte critique ne porte pas davantage sur l'oeuvre que le roman selon Flaubert ne porte sur la réalité. C'est ce "sur" que je me suis attaché à remettre en cause dans cet essai pour tenter d'alléger la culpabilité qui s'attache à son oubli. Les six minutes à accorder à un livre tiennent à la mise à l'écart décisive de cette proposition, qui renvoie la critique à elle-même, c'est à dire à sa solitude, mais aussi, heureusement, à sa capacité d'invention.

La littérature ou l'art sont ainsi placés, pour le critique, dans la même position seconde que la nature pour l'écrivain ou le peintre. Leur fonction n'est pas de lui servir d'objet, mais d'incitation à écrire. Car le seul et véritable objet de la critique, ce n'est pas l'oeuvre, c'est soi-même.

La critique est la voix d'une âme, et c'est cette âme qui est son objet profond, non les oeuvres littéraires transitoires qui servent de support à cettte quête.

Le paradoxe de la lecture est que le chemin vers soi-même passe par le livre, mais doit demeurer un passage. C'est à une traversée des livres que procède le bon lecteur, qui sait que chacun d'eux est porteur d'une partie de lui-même et peut lui ouvrir la voie, s'il a la sagesse de ne pas s'y arrêter.

[...]le discours sur les livres non lus [...]donne à voir le sujet naissant de la création, en faisant vivre à celui qui le pratique ce moment inaugural de séparation de soi-même et des livres où le lecteur, se libérant enfin du poids de la parole des autres, trouve en soi la force d'inventer son propre texte et de devenir écrivain.

Posté par tianetiane à 23:00 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



Page suivante »